Itinéraire d'un sculpteur du vieux bois sironé au bronze patiné
C'est un long chemin d'une trentaine d'année qui devrait me conduire, courant octobre, vers ma première sculpture en bronze.
Tout commence vers le milieu des années 70 dans un été jurassien ; la rénovation de toiture de l'antique maison familiale me fournit un stock de vieilles poutres centenaires en chêne. Un morceau de chevron bien sironé me permet alors de sculpter à l'opinel une Vierge à l'enfant, suivent ensuite un tri-têtes travaillé dans un coeur de poutre avec cette fois ciseaux et gouges puis une tête du mytique Chevalier Barate issue d'un bloc de calcaire du Jura.
Le retour en Ardèche, l'automne suivant, voit la collection s'agrandir d'un "Berger au chien" puis de "Feu le Penseur de Rodin", crâne se tenant la tête entre les mains, sculptés dans le chêne des vieilles poutres.
La décennie suivante ne me laisse guère de temps pour la sculpture entre les activités professionnelles et familiales, les aménagements de la maison, les enfants et la découverte d’une autre passion : la navigation et la mer. Je retrouve épisodiquement mes pinceaux pour des huiles sur panneaux de bois en grand format avec toujours plus de matières et d’inclusions diverses mais sans jamais parvenir à une expression qui me convienne vraiment. J’ai commencé vers cette époque une huile grand format sur toile (150*120 cm), allégorie du monde, à la manière de Brueghel avec une multitude de personnages ; cette œuvre récurrente initialement intitulée « Nord-sud, Est-ouest » est devenue progressivement « L’aile de papillon et la théorie du chaos » depuis la chute du Mur.
La dérive vers la mosaïque s’impose alors comme une suite logique dans la décennie 90 et accompagne une phase d’agrandissement de la maison et d’auto-construction. De nombreuses mosaïques viennent donc orner murs ou planchers, fond de piscine ou terrasse ; le point culminant-pour ainsi dire-étant une composition originale de 20 m² sur une terrasse, intitulée Hale-Bopp, du nom de la comète surprise de 1997.
Cette phase d’auto-construction me permet de renouer avec la maçonnerie de pierres et la sculpture sur bloc ; des sculptures décoratives viennent ainsi s’insérer dans les murs, supporter des poutres, évacuer les eaux de pluies ou simplement accueillir les gens qui viennent.
Le travail du fer et la soudure s’imposent comme un outil indispensable de l’auto-constructeur et du décorateur et je prends grand plaisir à concevoir un ensemble table et fauteuils de jardin en fer forgé, formé et martelé à froid puis soudé. Le plateau de la table-en béton armé-comprend bien entendu une mosaïque de marbre inspirée de monstres Assyriens, l’ensemble doit bien peser dans les 200 kg. Je réalise aussi des portes, rampes et grilles en fer forgé ainsi qu’un grand portail d’entrée et une pergola (recouvrant la terrasse à mosaïque), toutes ces pièces étant des créations uniques sur dessins originaux.
Pendant tout ce temps, avec mon épouse, nous aimons bien visiter les diverses expos, peinture, céramique, sculpture et rêvons d’acheter un jour une sculpture en bronze ; il nous faudra encore attendre jusqu’en 2010 pour franchir le pas !
La quête de tesselles pour la mosaïque me pousse doucement vers la céramique, les émaux et leur authentique alchimie. Après recherche d’infos sur le net et en particulier sur l’excellent site : http://smart2000.pagesperso-orange.fr/ « Accès au monde de la Céramique avec Smart.Conseil » je me décide pour l’achat d’un four à gaz propane ( four maestro 110 l de Terramic, alimenté par 2*2 bouteilles de 35kg) et me lance après l’an 2000 dans une auto-formation sur le tas, mais à la différence de Bernard Palissy, je dispose de la prodigieuse intelligence et expérience collective d’internet. Pour nourrir ma première cuisson j’ai réalisé diverses petites pièces en grès émaillé puis, l’expérience venant, j’ai diversifié ma production et augmenté les formats. J’ai ainsi réalisé des pièces de jeu d’échec semi figuratives (entre 8 et 15 cm de hauteur), des tables de jeu (ferronnerie-faïence), une nouvelle table de jardin ferronnerie-plateau de 180 carreaux (10*10 cm) de grès décorés uniques, une grande crèche en terre et toute une gamme de sculptures diverses qu’on pourra voir plus loin. Parallèlement je teste aussi des sculptures grand format en argile cellulosique (mélange d’argile ordinaire prélevée dans la campagne et de papier journal décomposé ) sur treillis métallique, les pièces non cuites mais patinées à la cire ou au cirage ont alors la consistance d’un cuir dur.
La tentation du bronze me traverse parfois l’esprit mais ce travail de fonte me parait bien trop technique à maitriser de façon autonome. L’une de mes pièces « Accueil » illustre bien cette tentative d'approcher l’aspect du bronze ; certes, le grés émaillé par sa solidité, sa dureté, sa masse peut se rapprocher du bronze mais il reste plus cassant, sujet aux écorchures et le rendu d’une patine n’est jamais aussi parfait que pour le bronze.
Finalement, en 2010, à l’occasion d’une visite de l’atelier du sculpteur ardéchois Roger Marion, nous craquons pour l’un de ses bronzes : « L’Arche » pour la somme raisonnable de 1800 € et nous eûmes en prime le plaisir de partager avec lui de passionnantes discussions sur les sculpteurs et les artistes plasticiens.
C’était une première étape dans ce Rêve de Bronze.
En cliquant sur l'image ci-dessous on peut faire défiler les photos de cette première galerie.